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Avr 01

Des champignons au cinéma : Los Hongos de Oscar Ruíz-Navia


L’équipe de Fréquences Latines était présente au festival Cinélatino 2015. Ci-dessous, nous présentons une interview avec Oscar Ruíz-Navia, jeune réalisateur colombien et auteur du long-métrage Los Hongos, un des deux films d’ouverture (l’autre c’était Gente de Bien de Franco Lolli) de ces 27èmes Rencontres du Cinéma d’Amérique Latine à Toulouse. 


 

 

imagen entrevista los hongos

Oscar Ruíz-Navia, invité de CINÉLATINO 2015

Ruíz-Navia est un invité assidu du festival. Depuis quatre ans, il visite la ville rose, accompagné de ses projets cinématographiques et dans cette occasion, il nous a accordé une interview pour qu’on puisse parler de son film, de la ville de Cali et du cinéma colombien actuel.

Los Hongos est un film à caractère urbain et rafraîchissant, démarquant la connexion entre les générations, l’art urbain, et l’influence du Pacifique à Cali.  Les personnages naviguent dans une ville, pas délirante comme le cliché le suggère mais une ville dont les rues sont en mouvement, sans make-up. De même, Los Hongos a fait le tour des festivals européens et fut récompensé avec le Prix spécial du jury en réalisation à Locarno, le Prix Hubert Bals Lions à Rotterdam et, plus récemment, trois prix au Festival international REC de Tarragone. Los Hongos sera officiellement lancé en France le 27 mai.

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Cette interview est réalisée en espagnol. Voici notre tentative de traduction au français.


FRÉQUENCES LATINES : Oscar, merci d’avoir accepté cette interview. Los Hongos contient beaucoup de musique.  La première chose qu’on entend c’est la salsa.  Pourquoi ce choix dans un monde de jeunes plutôt rockers?

OSCAR RUIZ-NAVIA: La salsa est tout le temps présente chez la jeunesse, comme le rock. À Cali, on trouve que les gens écoutent de la salsa car elle fait partie de notre essence. Il y a un autre type de salsa plus rebelle, qui est celle des années 70, faite par La Fania, Richie Ray et Héctor Lavoe. À Cali, presque tout le monde sait danser…

F.Q : En Colombie en général, non ?

O.R.N.: Bon, pas tout le monde.  Par exemple, dans la plaine colombienne, personne ne danse vraiment de la salsa, mais à Cali c’est quasiment sûr que la plupart des gens ont un contact avec la danse, car on l’écoute depuis qu’on naît.  Par rapport au film, j’ai trouvé intéressant de montrer un métissage de rythmes et de cultures, comme celles du Pacifique, du rock, des boleros. Cali est un endroit où on peut écouter de la musique partout. Enfin, c’était cette sensation que je voulais transmettre dans le film.

F.Q : Les personnages du film sont très urbains, ancrés à Cali, mais ils sont aussi très naturels. Comment as-tu travaillé avec ces acteurs dont la plupart ne sont pas des comédiens professionnels ?

O.R.N.: Le travail de casting a duré un an et demi.  Heureusement, je suis tombé sur ces acteurs-là, car je trouve qu’ils ont un talent et une âme très spéciale. Par contre, travailler avec eux impliqua d’utiliser une méthodologie différente à la méthode conventionnelle. Je ne cherchais pas à leur faire bien moduler ou quoi qu’il en soit, mais je me suis intéressé par leur parcours, leur vie et ce qu’ils pouvaient m’en apporter. Même quand ils se trompaient dans le tournage, je continuais à filmer car c’est ça le plus naturel. Ils ne sont pas des simples comédiens interprétant un personnage, ils incarnent plutôt un personnage très proche d’eux-mêmes.

F.Q. : Dans quelle mesure Los Hongos est-il autobiographique ?

O.R.N.: Il y en a des choses qui me sont arrivées, mais concrètement il n’y a rien de littéral de ma vie dans le film. Tout est une fictionnalisation, basée dans des faits réels, mais ce n’est que de la fiction.

F.Q. : La production du film a été assurée par la boîte colombienne CONTRAVIA FILMS qui participe à d’autres projets de cinéma. Raconte-nous un peu sur cette boîte de prod.

O.R.N.: CONTRAVIA FILMS a été fondée en 2006. D’abord, on a bossé avec El Vuelco del cangrejo, notre premier film. Après son succès, on a décidé de continuer avec le film de William Vega, La Sirga, lauréat du prix Cinéma en développement il y a quelques années. Maintenant, on présente Los Hongos et quelques projets appelés Siembra et Tormentero, et on a aussi quelques court-métrages. La boîte fonctionne comme une plate-forme d’expériences en cinéma et comme une manière d’encourager le cinéma d’auteur, indépendant. C’est ça ce qui nous intéresse. On est très ouverts et on veut développer le langage artistique, au lieu du langage marchand.

F.Q. : Pour vous, est-ce que le cinéma colombien est en train de se renouveler, maintenant que tous ces projets se développent ?

O.R.N.: Oui. Il existe des nouvelles propositions.  En tout cas en Colombie, il y a toujours eu des gens intéressés par le cinéma en tant que forme de pensée et d’art. Par exemple, le documentaire s’est beaucoup développé avec une constante et très intéressante production. En ce qui concerne la fiction, on assiste encore à ses débuts. La plupart des productions étaient encore très proches de la publicité et de la mauvaise télévision, sauf quelques cas concrets comme Victor Gaviria ou le Groupe de Cali avec Mayolo ou Ospina.  Depuis dix ans, la fiction commence à grandir, il y a des films avec un langage propre. Définitivement, nous sommes dans une étape nouvelle, à cause de plusieurs raisons : les nouvelles générations, les nouvelles technologies, les aides financières de l’État et la formation académique. Auparavant, les gens n’avaient pas des centres spécialisés pour se former. Maintenant, il en existe partout. Cette époque actuelle est intéressante pour cela, mais il manque encore des films et des réalisateurs qui prennent des risques.

F.Q.: Quel film colombien pourrais-tu conseiller de voir aux amis de Fréquences Latines?

O.R.N.: Bien sur, Los Hongos. Un autre ça pourrait être Gente de bien, car c’est un grand film et il est à l’affiche en France. Il montre une partie de la société colombienne, en particulier celle de Bogotá, que l’on ne voit pas assez souvent. Ça vaut le coup pour en discuter après.

F.Q.: Merci Oscar et bonne chance à New York et dans le reste des festivals et dans tes projets.

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