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Mar 09

Chavisme sans Chávez

 

Caracas, 09/03/2013

Eva Bonnefoy, pour Fréquences Latines

 

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Ceux qui disent que le chavisme sans Chávez est impossible ne sont pas au Venezuela aujourd’hui. Car le chavisme est plus que Chávez, c’est bien au-delà, c’est la conscience politique d’un peuple éveillé. Hier, les vénézuéliens étaient dans une illusion de richesse. Aujourd’hui, ils sont face à leur réalité : le devoir de continuité de la révolution bolivarienne.

A l’hôpital militaire de Caracas, le 5 mars 2013, le monde voyait comment s’arrêtait le cœur d’un homme qui avait atteint la taille des arbres. Une heure après, Nicolás Maduro, vice-président de la République Bolivarienne du Venezuela, annonçait dans les chaînes télévisées nationales le décès d’Hugo Chávez Frías, qui avait tenu le pouvoir pendant quatorze ans, et qui avait été réélu six mois auparavant.

Pendant près de huit heures, le cortège funèbre porta le corbillard jusqu’à l’Académie Militaire. Il défila entre des millions de personnes qui lançaient, sur la voiture, des chemises et des casquettes, des fleurs et des rosaires, des photographies et des amulettes, des lettres d’amour. Le corps a été déposé à la Capilla Ardiente.

Depuis son arrivée, une queue de plus de deux millions de personnes qui continuent à circuler depuis six jours en deux files parallèles. Peu d’hommes peuvent aujourd’hui, après leur mort, faire qu’une femme de quatre-vingt ans tienne debout pendant plus de trente heures, sous le soleil, simplement pour remercier, dans une fraction de seconde, cet homme qui a donné sa vie au projet de la révolution. Peu d’hommes peuvent décider un couple d’aveugles à faire une journée d’attente pour être près d’un homme qu’ils ne peuvent même pas voir.

22 chefs d’Etats lui ont rendu hommage sur place, 54 délégations du monde entier, des centaines de représentants d’organisations populaires et de mouvements sociaux, des personnalités du monde de la culture et des sports, des porte-paroles de différentes églises, plus des dizaines de présidents qui ont déclaré dans leur pays trois jours de deuil national. Mais surtout, c’est le peuple vénézuélien qui, en vidant ses barrios (quartiers populaires) et en remplissant les avenues, a levé la voix la plus haute, unie et soudée, dans un même élan de drame et de victoire, pour saluer celui qui ne s’inclina jamais devant les empires.

Jamais l’enterrement d’un homme n’avait suscité autant de passions et de manifestations. Jamais la mort d’un seul homme n’avait été accompagnée par autant de files humaines, jamais les expressions de douleur ne s’étaient autant mêlées aux expressions de révolte, jamais la dignité pour la mémoire ne s’était autant approchée à la lutte contre la domination hégémonique.

Aujourd’hui, le Venezuela pleure, mais il pleure debout, en replissant les rues, défendant une mémoire qui nous force à regarder vers l’avenir. L’article 233 de la Constitution Bolivarienne du Venezuela de 1999 dit que, si l’absence absolue du président de la République se produit pendant les quatre premières années du mandat, le vice-président exécutif doit assumer la présidence du pays. A partir de ce moment là, le rebours est lancé pour la campagne électorale du prochain président.

Vendredi 8 mars, Nicolás Maduro Moro a donc assumé la présidence exécutive du Venezuela jusqu’au 14 avril, jour des prochaines élections. Le 14 avril est une date

symbolique pour l’histoire de la Révolution Bolivarienne puisqu’elle représente la reprise du pouvoir par Hugo Chavez après le coup d’Etat du 11 avril 2002.

Le candidat du gouvernement pour ces élections est Nicolás Maduro Moro, nommé officiellement par Hugo Chávez comme son successeur. L’opposition, pour sa part, a présenté monsieur Henrique Capriles Radonski, le même candidat qui a été battu par Chávez le 7 octobre 2012.

Quel sera le nouveau visage du chavisme ? Alors, quelles seront les nouvelles structures politiques de la Révolution ? Alors, comment le peuple vivra cette avant-garde qui se doit être protagoniste ?

Oui, certains pourront croire que le Venezuela vit dans une utopie, et que les utopies sont risibles. Pourtant, Galeano nous éclaire que l’utopie est dans l’horizon, que si on s’approche d’un pas, il s’éloigne d’un pas, que si on marche dix pas, il se déplace dix pas plus loin, que malgré notre poursuite, on ne l’atteindra jamais. Alors, à quoi sert l’utopie ? Elle sert donc à ça : à avancer.

Tandis que le monde stagne, tandis que l’Europe s’effondre, qu’elle se laisse glorifier par des Prix Nobel désespérés, salie par le magnat financier, l’Amérique Latine se dresse seule, sans cesse, sans l’aide de personne, et elle avance à la rencontre des justices sociales, à la rencontre de l’immortalité.

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