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Nov 13

Brésil. Bolsonaro compte supprimer le Ministère du Travail


Selon Bolsonaro, le Brésil est « le pays des droits, la seule chose qui manque c’est l’emploi ». La suppression du Ministère du Travail en est une « conséquence logique ». Le FMI s’en réjouit.


 

Par Philippe Alcoy

 

Dans une rapide déclaration à la presse, le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, a déclaré que quand il assumera son poste le 1 janvier, le ministère du Travail pourrait fusionner avec un autre, annonçant ainsi la suppression pure et simple du Ministère chargé de garantir les quelques droits que le régime a accordé aux travailleurs au Brésil.

En supprimant le ministère du Travail Bolsonaro dit clairement qu’il va gouverner ouvertement pour satisfaire les intérêts du patronat. L’énorme niveau de travail informel, de travail précaire et de chômage (autour de 25 millions de personnes) ainsi que les réformes de flexibilisation du travail ne semblent en effet pas suffisants pour Bolsonaro et ses « sponsors » du grand patronat.

Selon les informations de la presse brésilienne, le Ministère du Travail pourrait passer sous la tutelle du « super ministère » de l’Economie dirigé par l’ultralibéral Paulo Guedes, admirateur des réformes économiques de Pinochet au Chili durant la dictature. Celui-ci et son équipe ont déjà annoncé leur volonté d’appliquer une réforme qui donnerait aux travailleurs le « choix d’adhérer » à un régime de travail avec plus de droits (« l’ancien ») ou à un autre avec « moins de droits » en échange d’une paie soi-disant plus importante.

 

Bolsonaro, la continuité sauvage du gouvernement Temer

 

Ces mesures s’ajouteraient aux mesures anti-ouvrières déjà prises par le gouvernement putschiste de Michel Temer qui, entre autres, permet le recours illimité à la sous-traitance, y compris dans les services d’Etat, limite le recours aux tribunaux prudhommales, généralise la primauté des accords directs entre le patronat et le travailleur individuel, enlève du pouvoir aux syndicats, etc.

C’est en ce sens que l’on peut affirmer que le gouvernement de Bolsonaro-Guedes sera la « continuité sauvage » du gouvernement réactionnaire et pro-patronat de Michel Temer. Dire que cette continuité sera « sauvage » n’est pas simplement une affirmation « impressionniste », il s’agit d’une réalité très concrète et très inquiétante pour les travailleurs et les classes populaires.

En effet, si le gouvernement de Bolsonaro comptera sur le soutien direct de l’autoritarisme judiciaire, toujours prêt à réprimer à l’aide du code pénal les travailleurs et les jeunes combattifs, il pourra également compter sur la tutelle et la très forte bienveillance des forces armées. En ce sens, Bolsonaro pourra imposer de très directes attaques aux conditions de vie de la majorité de la population avec le concours de ces secteurs de pouvoir, lui permettant ainsi avoir recours à la force et à la répression directe si nécessaire.

 

Lagarde et le FMI se « réjouissent » des réformes annoncées

 

Dans ce contexte, où les classes populaires risquent de subir une offensive patronale d’une violence rarement vue au Brésil depuis la fin de la dictature, mettant en danger non seulement leurs droits sociaux mais également leurs droits démocratiques les plus élémentaires, le futur gouvernement Bolsonaro continue à recevoir des « encouragements » des marchés et des institutions internationales.

Ainsi, la directrice du FMI, ancienne ministre sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, a déclaré lors d’une interview au journal Les Echos : « Pour l’heure, le programme du nouveau président n’est pas encore totalement clair. Mais je me réjouis de ses intentions d’engager la réforme des retraites que son prédécesseur, Michel Temer, n’a pu politiquement mettre en œuvre ».

Ce clair message de soutien à l’ultraréactionnaire Bolsonaro contraste avec tous les discours hypocrites de « l’après-Guerre Froide » qui identifiaient l’avancée des restructurations économiques néolibérales avec l’implémentation de régimes « démocratiques ». Avec la crise économique internationale et la crise du consensus néolibéral, les classes dominantes, incapables d’imposer leurs pions libéraux tendent ainsi à envoyer au diable le semblant de soutien à la démocratie pour passer à la vitesse supérieure dans les contre-réformes antipopulaires, désormais menées de la main de politiciens d’extrême-droite.

Mais si Lagarde se garde de mentionner les aspects bonapartistes et fascisants de Bolsonaro, elle se garde également de dire pourquoi Temer n’a pas pu appliquer sa réforme des retraites. En effet, en 2017, la classe ouvrière brésilienne avait réussi à arrêter Temer après avoir mené la grève générale la plus importante du pays depuis la fin de la dictature. Seule l’action démobilisatrice des directions syndicales liées au Parti des Travailleurs de Lula avait alors empêché que le mouvement n’aille plus loin, imposant une défaite décisive à Temer et au patronat.

Un événement qui doit nous rappeler que quelle que soit la radicalité du futur gouvernement Bolsonaro, il devra lui aussi passer par le test de la lutte de classes. Pour le moment, rien n’indique encore qu’il en sortira victorieux, à condition que les travailleurs et les classes populaires préparent de toute urgence les luttes à venir.

 

Source: Révolution Permanente

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